L’armée de l’archiduc s’avançait sur Varsovie; Tarczyn fut évacué par l’avant-garde polonaise qui se replia sur Raszyn. Cette position était couverte par le ruisseau de la Rawka, qui tombe dans la Bzura et coupe les deux routes de Nadarzyn à Iaworowo et de Tarczyn à Raszyn. Ce ruisseau est marécageux dans les environs de Raszyn; à l’époque dont nous parlons, il ne pouvait être franchi par l’armée ennemie dans le voisinage de ce village que sur trois points distants d’un demi mille l’un de l’autre: à Iaworowo, à Raszyn et à Michalowice, où se trouvaient des digues et des ponts faciles à défendre. En avant du centre de la position de l’armée polonaise, était le village de Falenty, et, plus loin, vers la droite, un bouquet de bois d’aulne. Au débouché de la digue de Raszyn, s’étendait un bois plus considérable, qui était traversé par les routes de Falenty et de Piaseczno. L’ensemble de cette position formait un poste assez fort. En avant se déroulait une plaine bordée de vastes forêts. Le prince Poniatowski plaça à Falenty une avant-garde composée des 1er bataillons du 1er et du 8e régiment d’infanterie avec quatre pièces d’artillerie; il en confia le commandement au général Sokolnicki, qu’il fit soutenir par un bataillon du 6e régiment d’infanterie avec deux pièces d’artillerie postés en avant de la digue de Raszyn, qui lui servait de réserve. A la droite, le village de Michalowice était occupé par le 1er et le 2e bataillon du 3e régiment, avec quatre pièces de canon qui venaient de se replier de Raszyn et étaient sous les ordres du général Bieganski. Au centre, un peu en arrière de Raszyn et à cheval sur la route de Varsovie, se trouvaient, en position sur des mamelons de sable, les 1er et 2e bataillons du 2e régiment d’infanterie polonaise, trois bataillons d’infanterie, un escadron de hussards et douze pièces d’artillerie de l’armée saxonne : toutes ces troupes étaient commandées par le général Polentz. A la gauche, Iaworowo était occupé par le 2e bataillon du 1er et le 2e bataillon du 8e régiment avec six pièces de canon, aux ordres du général Kaminski. Poniatowski avait aussi jeté sur ses flancs divers détachements. Une compagnie du 5e de cavalerie occupait Blonie, un escadron de hussards saxons était placé en échelons entre ce point et Raszyn; un bataillon du 6e d’infanterie avec deux pièces se trouvait à Wola. La cavalerie aux ordres du général Rozniecki, composée des 2e, 3e, 5e, et 6e régiments, avec quatre pièces d’artillerie à cheval, était en présence de l’armée de Ferdinand, et l’observait tout en se retirant : le 1er régiment de cavalerie s’était replié de Gora, dans la soirée du 18, et était venu prendre position à mille toises (1.950 m.) en arrière du centre de l’armée, où se trouvaient aussi cinq pièces d’artillerie à cheval formant la réserve d’artillerie.
La cavalerie de Rozniecki eut, le 19 au matin, un engagement sérieux à Nadarzyn avec l’avant-garde de l’archiduc, dans lequel le 2e de cavalerie fit une charge brillante. Elle se replia ensuite sur le gros de l’armée, et devait se placer en réserve pour couvrir les flancs, qui pouvaient être menacés par l’ennemi.
Cependant l’armée autrichienne s’avançait de Tarczyn, par les bois dont nous venons de parler. Son avant-garde était conduite par le général Mohr. Elle était composée de trois bataillons d’infanterie, (Wukasovitch) de deux bataillons de chasseurs (Siebenburger-Walaken) et de toute la cavalerie légère dont disposait l’archiduc, avec douze pièces d’artillerie. Le gros de l’armée autrichienne marchait à la fois par les routes de Nadarzyn, Tarczyn et Piaseczno. Mobr déboucha dans l’après-midi. La cavalerie polonaise masquait encore la position de Poniatowski. Vers une heure, elle suivit le mouvement de flanc que les escadrons autrichiens faisaient vers la droite du prince, et découvrit celui-ci; Poniatowski porta aussitôt le général Rozniecki, par Michalowice sur les derrières de son armée.
L’archiduc aurait pu alors reconnaître la position des Polonais, dont la gauche était la partie faible et pouvait être aisément tournée, vu que le ruisseau de la Rawka est insignifiant au-dessus de Iaworowo; mais il négligea de le faire. En suivant les règles prescrites par l’art de la guerre, le général autrichien aurait dû ne montrer d’abord à Poniatowski que son avant-garde, et arrêter le gros de son armée à la lisière des bois; il aurait dû remettre l’attaque au lendemain, et faire ses dispositions de manière à porter une partie de ses forces sur l’extrême gauche des Polonais, faire tourner cette gauche et en même temps attaquer le centre. Par là, Poniatowski eût été forcé à se retirer précipitamment sur Varsovie, mouvement qu’il ne pouvait opérer sans danger dans un pays ouvert, et sur un terrain argileux, défoncé par le dégel. Il aurait été contraint, sans doute, d’abandonner son artillerie dans les fondrières. Ce mouvement eût à la vérité présenté l’inconvénient de placer la colonne tournante entre les troupes polonaises et la Vistule; mais, vu la supériorité des forces de l’archiduc, il n’eût présenté aucun danger.
Ferdinand était impatient de combattre. Sans attendre le gros de son armée, il ordonna au général Mohr d’emporter la position de Falenty, se réservant de le faire soutenir par les premières troupes qui arriveraient sur le champ de bataille.
De son côté, le prince Joseph, qui connaissait la lenteur des Autrichiens, ne croyait pas être attaqué immédiatement. Présumant sans doute que la bataille n’aurait lieu que le lendemain, il ne replia pas son avant-garde, et la laissa dans une position hasardée, où elle n’avait qu’un seul pont pour opérer sa retraite. Mais l’attaque de Mohr fut si brusque que Poniatowski dut accepter le combat, sans rien changer à son ordre de bataille.
Sokolnicki n’avait que trois bataillons et six pièces à opposer aux cinq bataillons et aux douze pièces que Mohr amenait avec lui, et qui, bientôt après, furent appuyés par les six bataillons et les douze pièces de la brigade Civalard, qui le suivaient immédiatement. Le combat s’engagea à deux heures de l’après-midi. Le prince Joseph, qui se trouvait alors à son quartier-général à Raszyn, monta aussitôt à cheval, et se porta sur Falenty. D’après ses ordres, trois pièces d’artillerie légère de la réserve prirent position en avant de ce village. Sokolnicki ayant alors neuf pièces en batterie, fit redoubler le feu sur les troupes autrichiennes qui s’approchaient; Mohr y répondit par une vive canonnade tandis que son infanterie s’avançait en colonne par bataillons.
Le bouquet de bois d’Aulne fut emporté par l’ennemi vers trois heures, et, bientôt après, le village de Falenty fut aussi enlevé. Le bataillon du 8e régiment, qui gardait ces deux points se retirait en désordre; le prince le rallia, se mit de sa personne à la tête du 1er bataillon du 1er régiment, chargea les Autrichiens à la baïonnette et reprit la position. L’artillerie polonaise contribua à ce succès par un feu bien dirigé. Cependant la brigade Civalard était arrivée, sur le terrain; Mohr, disposant dès lors de forces triples de celles qu’il avait en tête renouvela l’attaque. Vingt quatre pièces étaient en batterie; quelque fût la bravoure de l’artillerie polonaise, elle ne put longtemps se maintenir contre le feu de celle des Autrichiens, qui lui démonta un obusier, fit sauter plusieurs de ses caissons, et mit bon nombre de ses canonniers hors de combat. Les obus ennemis mirent le feu au village de Falenty; l’infanterie, formée en colonnes d’attaque, reprit le bois d’aulnes, et occupa bientôt après le village même de Falenty. C’est alors que le colonel Godebski, officier d’un rare mérite, fut tué. Il commandait le 8e régiment d’infanterie. Au même moment, le bataillon du 6e régiment était aussi vivement attaqué, et se soutenait avec peine contre un ennemi si supérieur en nombre.
Pressée ainsi de toutes parts l’avant-garde polonaise fut contrainte de se retirer sur Raszyn. Ce mouvement ne put s’exécuter sans désordre; l’obusier démonté et une autre pièce furent abandonnés sur le champ de bataille. Le général Fiszer, chef d’état-major de l’armée, fut blessé dans la mêlée. Le général Sokolnicki parvint pourtant à regagner Raszyn avec ses troupes, en partie par la digue qui y conduisait, et en partie en franchissant, homme à homme, le ruisseau marécageux ; il était alors cinq heures de l’après-midi.
Les Autrichiens, enhardis par ce premier succès, voulurent pousser en avant et attaquer Poniatowski dans sa position de Raszyn. Ils s’avancèrent par la digue malgré le feu de son infanterie, et se rendirent maîtres d’une partie de ce village, mais ne purent chasser les Polonais de celle qui était la plus rapprochée de leur ligne de bataille. Ils attaquèrent aussi les villages de Iaworowo et de Michalowice, mais mollement et sans succès. Vers sept heures du soir, ils redoublèrent d’efforts pour déboucher sur le centre des Polonais. Une de leurs colonnes s’avança par Raszyn, pendant que l’autre s’efforçait de traverser les marais sur la gauche de ce village. Le prince Poniatowski fit alors placer en batterie sur la droite de la grande route de Varsovie seize pièces, dont douze saxonnes et quatre polonaises. Ces pièces ouvrirent un feu très vif sur l’infanterie autrichienne; elles la mitraillèrent pendant plus d’une heure, et l’obligèrent à la retraite. Les Autrichiens essuyèrent sur ce point de grandes pertes. Le prince Joseph avait mis pied à terre et encourageait lui-même les canonniers. Pendant tout le cours de la bataille de Raszyn, il s’exposa personnellement; tous les officiers de son état-major furent blessés ou eurent des chevaux tués.
Les obus de l’artillerie polonaise incendièrent Raszyn, et les tirailleurs d’infanterie se maintinrent avec l’intrépidité la plus rare dans la partie du village qu’ils défendaient. Tous les efforts des Autrichiens furent vains; ils ne purent faire aucun progrès; la conformation du terrain ne leur permettait pas de mettre en batterie pour soutenir leurs attaques. A neuf heures du soir, le feu cessa; les Autrichiens repassèrent le pont de Raszyn, et se contentèrent d’occuper la digue, et le bois qui se trouvait en arrière de ce village. A l’exception de Falenty, les Polonais n’avaient donc pas perdu un seul pouce de terrain, et s’étaient maintenus sur le champ de bataille.
La perte de l’armée polonaise, dans cette journée, fut de 450 hommes tués, de 900 blessés et de 40 prisonniers; celle des Autrichiens, qui combattirent presque toujours à découvert, fut plus considérable; elle se monta à 2.500 hommes.
Vu l’infériorité des forces des Polonais, la bataille de Raszyn doit être comptée parmi les faits d’armes les plus glorieux de cette campagne ; et, si l’on considère que l’armée de Ferdinand était formée de vieilles troupes, de troupes éprouvées dans les combats, et que celle de Poniatowski n’était, pour ainsi dire, composée que de recrues, qui n’avaient jamais vu le feu, on ne pourra qu’admirer le courage qu’elle déploya dans cette belle journée.
A peine le feu avait-il cessé que les Saxons, qui avaient vaillamment combattu, commencèrent leur mouvement de retraite sur Varsovie, afin de se rendre en Saxe, comme ils en avaient reçu l’ordre depuis quelques temps. Cette retraite fut fortement critiquée dans l’armée polonaise : abandonner ses alliés dans un moment de danger était, sinon une action blâmable, du moins un manque de procédé choquant.
Le prince
Poniatowski tint conseil à dix heures du soir, sur le champ de bataille.
Les pertes essuyées pendant le combat, le grand nombre d’hommes
qui avaient quitté les rangs pour emporter les blessés, enfin
le départ des Saxons avaient réduit les forces de Poniatowski
à moins de 9.000 hommes; la retraite fut décidée,
et il fallut se hâter de l’opérer pendant la nuit, afin qu’elle
fût achevée avant le jour, pour éviter la poursuite.
Cette retraite commencée à onze heures du soir, eut lieu
sans autre perte que celle de deux pièces abandonnées dans
le bourbier qui rendait une partie de la route presque impraticable.

Pour chaque
général est indiqué sa valeur, parfois suivie de son
charisme (+Ch.). Pour chaque régiment d’infanterie est indiqué,
d’abord le nombre de bataillons, puis le nombre de plaquettes par bataillon,
et pour finir la valeur de la plaquette. Pour l’artillerie est indiqué
le nombre de plaquettes, suivi du nombre d’artilleurs.
Points de victoire
Par plaquette autrichienne perdue - 1
Autrichiens
Si Raszyn est pris en six séquences + 10
Polonais
Pour occuper Raszyn à la nuit +20
Armée du duché
de Varsovie
Réunie autour de
Varsovie, mars 1809
Commandant du corps, le prince Poniatowski
Division Sokolnicki 5
Brigade Rozniecki 4
Septième
corps autrichien
Réuni en Galicie,
mars 1809
Commandant du corps, S. A. I. l’archiduc Ferdinand
Avant-garde, général-major Mohr 3
Cavalerie de Schauroth 3