Scénario 3 : Pultusk
Bataille de Pultusk 26 décembre 1806, Récit et scénario par Thierry Rouillard.
Présentation. Les troupes réunies à Pultusk sous les ordres de Bennigsen s’élevaient à soixante six bataillons et cent escadrons, soit entre trente sept et quarante cinq mille hommes. La masse principale était formée sur deux lignes avec une réserve. Le centre de cette armée occupait la route de Golymin. La gauche, commandée par le général Sacken, était appuyée à Pultusk. La droite, commandée par le général Ostermann-Tolstoy, était appuyée à un bois près du village de Moszyn. Un détachement, fort de douze bataillons et dix escadrons, sous les ordres de Barklay de Tolly, occupait l’intérieur et la lisière de ce bois. Dix bataillons et vingt escadrons aux ordres du général Bagavout étaient placés un peu en avant de Gorki au sud-ouest de Pultusk. La majeure partie de la cavalerie était avancée à environ quinze cents pas de la ligne de bataille. Le 26 décembre, le maréchal Lannes partit de Kaczyce à sept heures du matin avec son corps d’armée, fort d’environ dix huit mille hommes. Mal informé par Napoléon qui croyait faibles les forces réunies en avant de Pultusk, le maréchal décida d’attaquer les positions de l’armée de Bennigsen. Outre son infériorité numérique, la majeure partie de l’artillerie du 5e corps n’avait pu suivre, par la difficulté des chemins, qu’un dégel subit rendait impraticables et où le soldat, assailli par une tempête de neige, de pluie et de grêle, était enfoncé jusqu’aux genoux, tandis que les Russes, profitant de tous leurs avantages, avaient pu garnir leur position d’une nombreuse artillerie.
Arrivée de Lannes. En arrivant devant Pultusk, et après avoir reconnu la position des Russes, le maréchal fit enlever par le 17e régiment d’infanterie légère, qui était à sa droite, une hauteur occupée par les avant-postes russes et dont la crête masquait leur ligne de bataille. Dès qu’il fut maître de cette hauteur, le maréchal fit déboucher ses troupes, et, à mesure qu’elles arrivaient, il les rangea en bataille sur deux lignes dans un ordre parallèle et semblable à celui des Russes. La division Suchet forma la première ligne. Le 17e léger tenait la droite avec la brigade de cavalerie légère du général Treilhard sous les ordres du général Claparède. Le 64e de ligne et un bataillon du 88e formèrent le centre aux ordres du général Vedel. Le second bataillon du 88e et le 34e régiment, appuyés par la division de dragons du général Becker tenait la gauche. La division Gazan formait la deuxième ligne. Cette ligne de bataille était couverte en partie par des bois. L’artillerie, à la droite et au centre, était placée dans les intervalles des bataillons ; la gauche en était dépourvue, la difficulté des chemins n’ayant pas permis d’en amener davantage sur le champ de bataille.
Début des combats. Vers midi, le combat commença par une attaque contre le détachement du général Bagavout, qui d’abord fut forcé de se replier vers la ville ; mais le général Bennigsen l’ayant fait soutenir par six bataillons de la réserve, Bagavout reprit l’attaque contre les bataillons de la droite du général Suchet qui l’avaient déposté, et une charge de cavalerie repoussa le 17e régiment d’infanterie légère qu’une forte colonne de l’aile gauche russe chercha à envelopper. Le général Vedel, par une conversion à droite, fit porter le 64e régiment et le premier bataillon du 88e sur le flanc de la colonne russe qui fut repoussée avec perte ; mais une nouvelle charge de la cavalerie du général Kojin enfonça le bataillon du 88e, qui fut très maltraité, et, à la faveur de cette attaque, la colonne russe put gagner sa première position, laissant une partie du champ de bataille couverte de ses morts et de ses blessés. Pendant ce combat de la droite de la division du général Suchet, sa gauche attaquait le détachement du général Barklay de Tolly. Le 34e régiment soutint presque seul pendant quatre heures une lutte très inégale contre douze bataillons et dix escadrons qui occupaient le bois situé près du village de Moszyn, et où s’appuyait l’aile droite de l’armée russe. Le bois fut pris et repris jusqu’à trois fois. Le général Suchet fit soutenir ce régiment par un bataillon du 88e et le maréchal Lannes combattit lui-même à sa tête.
Arrivée de la division d’Aultanne. Le 5e corps fut renforcé, d’une manière inattendue, par la division du général Gudin, du corps du maréchal Davout. Cette division forte de cinq à six mille hommes, commandée momentanément par le général d’Aultanne, marchait dans la direction de Golymin ; mais, ayant appuyé trop à droite, elle arriva près du village de Moszyn, où se trouvait la droite du général Ostermann-Tolstoy. L’arrivée fortuite de cette division qui se réunit au 5e corps porta les forces totales du maréchal à environ vingt cinq ou trente mille hommes. L’avant-garde de la division commandée par le général d’Aultanne s’approcha du village de Moszyn en longeant la lisière du bois. Sa division, formée par bataillons en colonnes serrées, marchait par échelons. Après avoir prévenu le maréchal de son arrivée, il se porta sur le flanc de l’aile droite russe, au moyen d’un changement de direction à gauche. Son attaque eut d’abord un plein succès, malgré les charges des uhlans polonais. Mais le général Ostermann-Tolstoy, qui commandait cette aile droite, fit soutenir par deux régiments d’infanterie et vingt escadrons sa première ligne déjà rompue et poursuivie. La nuit survint, et, à la faveur de l’obscurité et d’une bourrasque de neige, les troupes françaises tentèrent une attaque devant laquelle les Russes reculèrent après une opiniâtre résistance. Peut-être ne fallait-il qu’un dernier effort pour rejeter Bennigsen en désordre sur la Narev et atteindre son unique ligne de retraite, la route d’Ostrolenka. Mais les premiers bataillons du général d’Aultanne s’arrêtèrent, et les Russes profitant de cette circonstance se jetèrent sur leur flanc droit et les mirent en désordre. Le général Suchet, à la tête du 34e en carré, et du second bataillon du 88e, parvint à les rallier, tandis que le 85e régiment, formé en carré, reçut avec calme une charge de la cavalerie russe.
Au centre. Gazan continuait à harceler le flanc droit exposé du corps de Bagavout par des tirs d’artillerie. Claparède et Vedel lancèrent un dernier assaut qui parvint jusqu’aux batteries russes, dont l’une fut capturée. Mais la brigade Somov, forte de quatre bataillons, repoussa les Français et repris la batterie.
Fin des combats. Les derniers efforts de la cavalerie russe ayant été repoussés, le feu cessa vers huit heures du soir. Le combat s’était soutenu sans avantage décidé jusqu’à la nuit, mais les Français n’avaient pas percé. Le 17e régiment d’infanterie légère, le 34e et le 85e de ligne firent des prodiges. Les pertes annoncés par chacun des camps sont peu crédibles : Selon les Français, les Russes auraient eu plus de deux mille morts, trois mille trois cents blessés, et mille cinq cents prisonniers, douze pièces de canon, et un grand nombre de caissons et de chariots de bagages arrêtés dans la boue. La perte des Français s’éleva selon le rapport de Lannes à environ six cents morts, mille cinq cents blessés. Les rapports russes font état pour leur part de sept cents prisonniers faits par la cavalerie russe auprès du village de Moszyn, et de la perte de sept mille Français tant tués que blessés. Les Russes, craignant d’être débordés sur leur droite, vers Golymin, évacuèrent le camp et la ville de Pultusk, pour se retirer sur Ostrolenka.
Notes sur l’ordre de bataille. Pour chaque général est indiqué sa valeur, parfois suivie de son charisme (+Ch.). Pour chaque régiment d’infanterie est indiqué, d’abord le nombre de bataillons, puis le nombre de plaquettes par bataillon, et pour finir la valeur de la plaquette. Pour l’artillerie est indiqué le nombre de plaquettes, suivi du nombre d’artilleurs. Les régiments et brigades qui n’ont probablement pas combattus à Pultusk sont indiqués en italiques. Pour palier légèrement à la grande infériorité des Français, leurs effectifs sont ceux du début de la campagne. Quand aux Russes, à part quelques régiments mentionnés par les relations, l’effectif est difficile à connaître : Bennigsen dispose en effet de ses quatre divisions, mais une partie des divisions Galitzin et Sacken combat le même jour à Golymin. Les récits parlent de soixante six bataillons présents sur les soixante dix huit de l’armée de Bennigsen. Nous avons donc retiré deux brigades russes (la 3e brigade de Sacken, général-major Retting ou Briseman Von Netting, et la 2e brigade de Galitzin, général-major Arseniev). Les brigades Barklay et Bagavout, ont été renforcées par des régiments issus de leur division d’origine. Français : Les divisions Suchet et Gazan se placent en colonne, Suchet en attaque et Gazan en manœuvre, la cavalerie en avant de la division Gazan. La division d’Aultanne entre à partir de la quatrième séquence. Russes : Les divisions russes sont en défense. Quatre grandes batteries sont placées sur les « B », et ne peuvent bouger durant la partie. Au début de chaque séquence, pour simuler l’effet des bourrasques de neige, le joueur russe lance 1d6 : - 1 à 2 : aucun malus - 3 à 4 : ½ valeur - 5 à 6 : aucun tir d’artillerie durant la séquence Chaque fois que le joueur russe perd l’une des trois routes de sortie, le calcul du moral des troupes russes se fait avec une pénalité de -1. Points de victoire. L’objectif français est de prendre Gorki et la route d’Ostrolenka. L’objectif russe est de préserver ces points. Par plaquette française perdue - 1 Par plaquette russe perdue - 1 Par route de sortie occupée +/-10
Français
5e corps d’armée, maréchal Lannes 5 +2
1re division, général de division Suchet 5
1re brigade, Claparède
17e léger, col. Cabannes 3 x 4 pl. 5 lég.
Brigade de cavalerie, Treillard
9e hussards, col. Barbanègre 1 x 2 pl. 6
10e hussards, col. Briche 1 x 2 pl. 6
21e chasseurs, col. Berruyer 1 x 2 pl. 4
13e chasseurs 1 x 2 pl. 4
4e cie du 6e d’artillerie à cheval 1 x 2 art. 5 lég.
2e brigade, Reille
34e de ligne, col. Dumoustier 3 x 4 pl. 5
88e de ligne, col. Veillande 1 x 4 pl. 5
40e de ligne, col. Chasseraux 2 x 4 pl. 5
3e brigade, Vedel
64e de ligne, col. Chauvel 2 x 4 pl. 5
88e de ligne, col. Veillande 1 x 4 pl. 5
15e cie du 5e d’artillerie à pied 1 x 2 art. 5
2e division, général de division Gazan 4
1re brigade, Graindorge
21e léger, col. Duhamel 2 x 4 pl. 5 lég.
28e de ligne 3 x 4 pl. 5
2e brigade, Campana
100e de ligne, col. Quiot 2 x 4 pl. 5
103e de ligne, col. Taupin 2 x 4 pl. 5
Artillerie de la division
5e cie du 1er d’artillerie à pied 1 x 2 art. 5
4e division de dragons, Becker 4
1re brigade, Milhaud - Margaron 1 x 6 pl. 4
17e dragons, col. Beurmann
27e dragons, col. Lallemand
2e brigade, Laplanche 1 x 6 pl. 4
18e dragons, col. Laffite
19e dragons, col. Saint-Geniès
3e brigade ? 1 x 3 pl. 4
15e dragons, col. Barthelemy
25e dragons, col. Rigaud
3e division, général de division d’Aultanne 4
1re brigade, Petit
12e léger, col. Vergès 2 x 3 pl. 5
21e de ligne, col. Decouz 2 x 4 pl. 5
2e brigade, Gautier
25e de ligne, col. Cassagne 2 x 4 pl. 5
85e de ligne, col. Vialla 1 x 3 pl. 6
3e cie du 7e d’artillerie à pied 1 x 2 art. 5
2e cie du 5e d’artillerie à cheval 1 x 2 art. 5 lég.
Cavalerie (70 chasseurs et 100 dragons de la division Rapp)
Russes
1re armée, général comte Bennigsen 2
Batteries (d’ouest en est) 3
Artillerie, colonel prince Gluchov
1 batterie de 12 £ 1 x 3 art. 5
Artillerie, colonel prince Yachvill
1 batterie de 12 £ 1 x 3 art. 5
2 batterie de 6 £ 2 x 3 art. 5
Artillerie, colonel Beil - Löwenstern
2 batteries de 12 £ 2 x 4 art. 5
Artillerie, colonel Stavizky
1 batterie de 12 £ 1 x 4 art. 5
Aile droite, C. L. comte Ostermann-Tolstoï 4
2e division, Ostermann-Tolstoï 4
Cavalerie, général-major Koschin - Kojin
Cuirassiers du corps 1 x 4 pl. 6
Dragons de Kargopol 1 x 4 pl. 4
1re brigade, général-major Mazovsky
Grenadiers de Pavlov 3 x 2 pl. 6
Mousquetaires de Rostov 3 x 2 pl. 5
1 batterie de 6 £ 1 x 4 art. 5
2e brigade, général-major Sukin II
Grenadiers de Saint-Pétersbourg 3 x 2 pl. 5
Mousquetaires d’Eletz 3 x 2 pl. 5
3e brigade, général-major comte Lieven
1er Jägers 1 x 3 pl. 5
20e Jägers 2 x 3 pl. 4
4e division, prince Galitzin (remplacé) 3
Cavalerie, général-major baron Korf
Cuirassiers de Saint-George 1 x 3 pl. 6
Dragons de Pskov 1 x 3 pl. 5
Uhlans Polonais 1 x 5 pl. 4
1re brigade, général-major Somov
Mousquetaires de Toula 3 x 3 pl. 5
Mousquetaires de Tenginsk 3 x 3 pl. 5
3e brigade, général-major Barklay de Tolly 4
21e Jägers, col. Lapteiev 3 x 2 pl. 4
3e Jägers 3 x 2 pl. 4
Mousquetaires de Polotsk 3 x 3 pl. 5
Mousquetaires de Kostroma 3 x 3 pl. 5
Aile gauche, lieutenant-général Sacken 2
3e division, Sacken 3
Cavalerie, général-major comte Pahlen
Dragons de Courlande 1 x 2 pl. 4
Hussards de Soum 1 x 5 pl. 5
1 batterie d’artillerie à cheval 1 x 3 art. 5
1re brigade, général-major Uchakov
Grenadiers de Tauride 3 x 2 pl. 5
Mousquetaires de Lithuanie 3 x 2 pl. 5
2e brigade, général-major Titov II
Mousquetaires de Kopor 3 x 2 pl. 5
Mousquetaires de Mourom 3 x 2 pl. 5
1 batterie d’artillerie légère 1 x 3 art. 5
6e division, général-major Sedmoratzky 3
Cavalerie, général-major Lvov
Dragons de Kiev 1 x 2 pl. 5
Hussards d’Alexandrie 1 x 5 pl. 5
1 batterie d’artillerie à cheval 1 x 2 art. 5
1re brigade, général-major Rachmanov
Mousquetaires de Riazan 3 x 3 pl. 5
Mousquetaires de Vilna 3 x 3 pl. 5
2e brigade, général-major Bitov
Mousquetaires de Reval 3 x 3 pl. 5
Mousquetaires de Volhynie 3 x 3 pl. 5
3e brigade, général-major Bagavout 2
Mousquetaires de Staroskol 3 x 3 pl. 5
4e Jägers 3 x 2 pl. 4
1 batterie d’artillerie légère 1 x 4 art. 5
Guerres de la Révolution française et du Premier Empire. Paris, Le Vasseur, s.d., tome 9, p.
Thiers A : Histoire du Consulat et de l’Empire, Paris, 1847-1857, tome 7.
Ganière (Paul) : La campagne de Pologne de 1807. (avec bibliographie), Revue du Souvenir Napoléonien, n° 357, février 1988, p. 6-25.
